L'étonnante actualité du culte des Reliques de sainte Thérèse de Lisieux

Revue Thérèse de Lisieux

n° 785 - janvier 1999
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Il y a cent ans

Lorsque survint la mort de soeur Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face on l'enterra dans le cimetière municipal de Lisieux, le 4 octobre 1897. C'est même elle qui étrenna l'enclos acheté par le Carmel à la suite des nouvelles dispositions légales qui interdisaient toute sépulture dans la clôture du monastère. Avec le recul du temps et au vu des événements survenus depuis sa mort on peut dire que cette règlementation fut providentielle car elle permit à des centaines de milliers de pèlerins de se rendre sur sa tombe pendant 25 ans, ce qu'ils n'auraient jamais pu faire si Thérèse avait été inhumée à l'intérieur de son couvent. Ce n'est qu'en 1923, à l'occasion de sa Béatification, que ses restes mortels furent ramenés dans la chapelle du Carmel où ils reposent toujours. Quand on parle des Reliques de Thérèse il faut donc remonter à l'origine de leur vénération dans le cimetière de la ville. C'est ainsi que tout a commencé au point que j'ai coutume de dire que le berceau du pèlerinage ce fut le tombeau de Thérèse Mais n'en est-il pas de même à Rome, à Compostelle et dans tant d'autres sanctuaires répandus à travers le monde ?

Les anthropologues nous ont appris que toute sépulture est un signe indubitable de la présence des hommes, car seuls les hommes enterrent leurs semblables. L'Eglise elle-même respecte cette coutume qui consiste à se recueillir et à prier en présence des restes mortels de ceux que nous avons connus et aimés. Quand chaque année des millions d'hommes et de femmes de toute culture et de toute condition sociale se rendent dans les cimetières, c'est bien devant les "reliqua", c'est-à-dire les "restes" de leurs proches, qu'ils se recueillent et qu'ils prient. Certes nous savons bien que ce n'est pas dans les cimetières qu'on rejoint en vérité les siens, mais nous ne sommes pas de purs esprits et nous avons besoin de signes.

 

Sens chrétien des reliques

Les reliques des saints ne sont que les signes très pauvres et très fragiles de ce que furent leurs corps. En présence des reliques nous pouvons donc évoquer plus facilement leur condition humaine : c'est avec leurs corps que les saints ont agi, pensé, prié, travaillé et souffert.

Or ces signes si ténus et presque dérisoires, voici que Dieu veut parfois s'en servir pour manifester sa Présence et faire éclater sa Puissance et sa Gloire. Car c'est Lui qui agit à travers ces signes. Nous sommes dans une autre logique que celle du monde. Nous entrons alors dans la logique déroutante de Dieu. C'est ce que rappelait l'apôtre Paul aux Corinthiens : "Ce qui est faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui est fou pour confondre ce qui est sage..." (1 Co 1/27). Mais le même apôtre ne venait-il pas de déclarer : "Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes ?" (1 Co 1/25)

Pour revenir au cas précis de Thérèse, c'est un fait qu'en présence et au contact de ses restes mortels, ses pauvres restes, tels les débris d'une rose effeuillée, Dieu qui avait reçu tant de signes d'amour de sa part à travers son humanité, se plait en retour à manifester son amour à travers les restes de son humanité.

A partir de ces pauvres signes, sa puissance de salut se révèle et se déploie. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les volumes relatant les faveurs, les guérisons obtenues au contact des reliques de Thérèse, ainsi que l'abondant courrier qui parvient chaque jour à Lisieux. Qui dira d'ailleurs le nombre de ceux qui conservent précieusement dans leur portefeuille ou dans leurs papiers personnels telle image portant la mention : étoffe ayant touché les reliques de la Sainte ? En vérité nous sommes bien dans une autre logique, telle qu'elle ressort des paroles de Jésus : "Je te bénis, Père, d'avoir caché cela aux sages et de l'avoir révélé aux tout-petits" (Luc 10/21).

De surcroît le culte des reliques des saints est là aussi pour signifier que nous sommes en attente de la Résurrection. En effet Dieu qui nous a fait un corps à partir de si peu de chose est assez puissant pour nous façonner un corps de gloire. Les restes mortels du premier sont comme les arrhes du second. Les reliques sont le signe de cette double vérité. C'est à ce titre qu'elles sont scellées dans la pierre de nos autels, lieu de la présence réelle du Christ Ressuscité en chacune de nos eucharisties, ces eucharisties où s'anticipe dans la foi le mystère de notre propre résurrection.

Si des abus se sont produits dans les siècles passés à propos de l'usage et de l'authenticité des reliques, si la sensibilité de certains de nos contemporains est sur ce point différente de celle de nos aïeux, il demeure que le culte des reliques a toujours sa valeur et sa raison d'être dans l'Eglise et les fêtes qui gravitent autour de leur présence significative attirent toujours les foules, comme nous le constatons à Lisieux et ailleurs.

Quant à notre attitude par rapport à tous ces signes il me semble la voir admirablement décrite par Blaise Pacal dans ce fragment des Pensées (944) : "Il faut que l'extérieur soit joint à l'intérieur pour obtenir de Dieu ; c'est-à-dire que l'on se mette à genoux, prie des lèvres, etc... afin que l'homme orgueilleux qui n'a voulu se soumettre à Dieu soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est être superstitieux, ne vouloir pas le joindre à l'intérieur est être superbe".

 

" Le temps de tes conquêtes "

Dans la perspective du Centenaire de la mort de Thérèse, le Sanctuaire de Lisieux a voulu créer une dynamique de l'événement autour de ses Reliques comme cela s'était fait en 1947. Thérèse a donc pris son bâton de pèlerin et le 14 octobre 1994 elle inaugurait sa mission d'évangélisation en gravissant la colline de Fourvière qui domine l'antique capitale des Gaules. Puis ce fut au tour de Marseille et de Paris d'accueillir triomphalement la patronne secondaire de la France, avant que ne commence pour elle un véritable tour de France.

Des foules se sont déplacées pour la remercier, lui ouvrir leur coeur et déposer dans le sien leurs fardeaux, leurs joies, leurs peines, leurs espérances. Quelle étonnante proximité que cette rencontre de ces enfants et de ces jeunes, de ces adultes et de ces aînés, de ces pauvres et de ces lettrés, avec la Petite Thérèse, leur amie, leur soeur, leur confidente, leur sainte de prédilection après la Vierge Marie !

Partout le même recueillement, la même ferveur, la même allégresse. Les innombrables témoignages reçus à Lisieux attestent qu'il s'est passé pendant ces trois ans un événement spirituel de première grandeur dont nous n'avons pas fini de mesurer les conséquences

Dans tous les lieux où elle fut reçue, Thérèse a redit inlassablement son message évangélique d'amour, de confiance et d'invincible espérance. Qui dira le nombres de grâces reçues, de guérisons obtenues, de vocations suscitées, de conversions réalisées ? Des plus prestigieuses cathédrales aux plus petites paroisses, des plus célèbres abbayes aux plus humbles communautés Thérèse a ensemencé les esprits et les coeurs du bon grain de la parole de Dieu afin qu'il lève et qu'il produise du fruit. Pendant deux ans en labourant en profondeur et en tous sens la terre de France, Thérèse a ouvert un sillon plein de promesses

Comment ne pas souscrire entièrement au jugement du Père Abbé de Fleury qui l'a reçue comme tant d'autres monastères : &laqno;Sainte Thérèse voulait être missionnaire dans le monde entier. Un siècle après sa mort elle réalise ce voeu et devient du coup une actrice de premier plan de la nouvelle évangélisation promue par Jean-Paul II. Aux acteurs de la pastorale qui rament péniblement pour annoncer l'Evangile, elle enseigne que la sainteté, alliée aux moyens les plus pauvres, reste encore le plus puissant facteur pour diffuser la Bonne Nouvelle» ?

 

Et maintenant

Accueillie avec enthousiasme en Belgique et au Grand Duché de Luxembourg, acclamée par des milliers de jeunes européens en Allemagne et en Italie, Thérèse anticipait ainsi ses futures pérégrinations à travers le vaste monde où de partout on la réclame.

En effet, le Saint Père a souhaité que les reliques de la petite Thérèse soient présentes de bout en bout aux JMJ, à Paris. Elles le furent effectivement et des milliers de jeunes du monde entier vinrent se recueillir nuit et jour auprès d'elles en la Basilique Notre-Dame des Victoires.

C'est encore Jean-Paul II qui a tenu à ce que les reliques de Thérèse soient à Rome pour la déclaration du Doctorat. Thérèse a donc franchi à nouveau les Alpes ; puis elle a fait une halte à Milan où l'Archevêque, le Cardinal Martini, souhaitait sa présence à l'occasion d'un grand rassemblement de jeunes.

Après les Fêtes du Centenaire à Lisieux, les Reliques furent reçues en Suisse, en Autriche et en Slovénie. De là elles se sont envolées pour une tournée d'un an au Brésil. Après quoi elles partiront au début de 1999 aux Pays-Bas, et séjourneront quatre mois en Russie, au Kazakhstan et en Sibérie. Durant l'été de cette même année elles seront accueillies en Argentine. Ce sera au tour des Etats-Unis de les recevoir à l'automne. Au début de l'An 2000 les invitations ne manquent pas, à commencer par les Philippines, et à nouveau l'Italie qui ne se lasse jamais d'accueillir Thérèse. Et ce n'est pas fini...

Ainsi se réalisent ses voeux et ses promesses

"Malgré ma petitesse je voudrais éclairer les âmes

comme les Prophètes, les Docteurs.

J'ai la vocation d'être apôtre.

Je voudrais parcourir la terre,

Je voudrais être missionnaire." (Ms B, 3 r°)

Ayant déjà parcouru des dizaines de milliers de kilomètres et rassemblé des centaines de milliers de personnes de tous âges et de toutes conditions, Thérèse n'a pas fini de nous surprendre. Mais n'était-elle pas surprenante cette prophétie qui s'accomplit sous nos yeux ? :

"Les saints me disent : après ta mort ce sera le temps de tes travaux et de tes conquêtes" (CJ 10 août 1897).

 

R. Zambelli

Recteur de la Basilique de Lisieux

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